RDC : viols, meurtres et silence — le calvaire des pygmées du Sud-Kivu

Les peuples autochtones pygmées du Sud-Kivu sont victimes de violences extrêmes, d'exclusion et d'absence de protection. Elles subissent des viols, des tortures, des enlèvements et des exécutions, notamment dans les territoires de Kabare et Kalehe....

RDC : viols, meurtres et silence — le calvaire des pygmées du Sud-Kivu

Image d’illustration prise lors d’une opération de distribution où des membres des communautés pygmées viennent recevoir des vivres et des articles non alimentaires.

La dégradation frappe de manière disproportionnée les peuples autochtones pygmées. Déjà confrontées à une marginalisation , ces peuples vivent aujourd’hui une crise multidimensionnelle où se mêlent violences extrêmes, exclusion et absence de protection.

Privées d’un accès à la justice et invisibilisées dans les politiques publiques elles subissent une vulnérabilité aggravée par leur isolement géographique et le manque de mécanismes adaptés de protection. Une situation qui, selon ANAPAC  RDC (Alliance Nationale d'Appui et de Promotion des Aires et territoires du Patrimoine Autochtone et communautaire en République Démocratique du Congo),une  organisation nationale, atteint  un seuil critique.

Une marginalisation ancienne aggravée par l’insécurité

Depuis plusieurs décennies, les peuples autochtones pygmées du Sud-Kivu vivent en marge des structures étatiques et économiques. Leur accès limité aux services sociaux de base, combiné à une discrimination  les expose davantage aux abus.

La récente recrudescence des violences armées dans les territoires de Kabare et de Kalehe a intensifié cette situation. Les peuples pygmées deviennent des cibles faciles, en raison de leur faible capacité d’auto-défense et de leur quasi-absence de représentation dans les circuits décisionnels.

Kabare : violences sexuelles, torture et enlèvements ciblés

Dans le territoire de Kabare, plusieurs cas documentés révèlent une série d’atrocités commises contre des femmes autochtones pygmées. Des victimes ont subi des viols, des actes de torture ainsi que des enlèvements, dans un contexte marqué par l’impunité.

Parmi les survivantes figurent six femmes qui ont été ciblées en raison de leur appartenance communautaire, illustrant une violence à caractère discriminatoire , 7 victimes de viols , une victime de tortures et 2 victimes d'enlèvement dans ce territoire.

Trois jours de captivité pour une survivante

Un cas alarmant est celui d'une jeune femme  , âgée de 20 ans. La jeune femme a été enlevée, violée et torturée avant d’être relâchée après trois jours de captivité.

Ces actes constituent des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire, notamment en ce qui concerne l’interdiction de la torture et des violences sexuelles en période de conflit. 

Un leader communautaire pris pour cible

Le 11 mars 2026, un jeune leader autochtone pygmée du territoire de Kabare, a été victime d’une tentative d’enlèvement à son domicile par des hommes en uniforme non identifiés.

Cette attaque ciblée soulève des inquiétudes quant à une volonté d’intimidation ou de neutralisation des structures d’organisation des communautés autochtones. Elle constitue également une atteinte directe aux droits des défenseurs des droits humains et à la liberté d’organisation des peuples autochtones.

Kalehe : des violences meurtrières attribuées aux milices

Dans le territoire voisin de Kalehe, la situation est tout aussi préoccupante. Plusieurs villages ont été le théâtre d’exactions attribuées aux milices , impliquant des viols, des assassinats et des violences physiques graves.

Ces attaques s’inscrivent dans une dynamique de violences contre les populations civiles. 5 victimes de viols suivis de meurtres , une victimes d'exécution et une victimes des blessures par balle dans ce territoire aussi .

Viols suivis de meurtres : une violence extrême

Des cas de violences sexuelles suivies d’exécutions ont été documentés dans plusieurs villages. Parmi les victimes figurent cinq autres femmes

Toutes ont été violées avant d’être tuées, constituant ainsi des crimes graves au regard du droit international. Ces actes portent atteinte au droit à la vie, à la dignité humaine et peuvent être qualifiés de crimes contre des populations civiles.

Exécutions et violences armées contre des civils

D’autres violations graves ont également été recensées, un jeune de 20 ans, a été blessé par balles, tandis que une autre du village de Mubugu, a été torturé puis exécuté par balles.

Ces faits illustrent un usage illégal et disproportionné de la force contre des civils, en violation des principes fondamentaux du droit international humanitaire.

Un appel à la protection et à la justice

Face à cette situation, des recommandations  ont été formulées à l’attention des autorités congolaises, de la communauté internationale et des acteurs humanitaires.

Les autorités nationales sont appelées à assurer la protection immédiate des peuples autochtones pygmées, à ouvrir des enquêtes indépendantes et à poursuivre les auteurs de ces crimes. La coopération avec les mécanismes internationaux et la protection des victimes et témoins sont également jugées importantes

Renforcer l’assistance et lutter contre l’impunité

La communauté internationale est invitée à renforcer les mécanismes de protection des civils et à soutenir les initiatives locales de défense des droits humains. De leur côté, les acteurs humanitaires doivent intensifier l’assistance médicale et psychosociale aux survivantes.

Ce rapport, documenté par l’organisation ANAPAC RDC dans son fils d'antenne du Sud-Kivu, montre une crise humanitaire et sécuritaire qui reste largement sous-documentée, malgré la gravité des faits.

Par Lucien Migabo

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