La situation humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne cesse de se détériorer, et parmi les populations les plus vulnérables se trouvent les enseignants. Depuis la recrudescence du conflit orchestré par l'AFC/M23, ces piliers de la société se retrouvent pris au piège d'une violence , confrontés à des défis sociaux, économiques et psychologiques.
"Les parents ont du mal à payer, ils pleurent qu'ils manquent d'argent. Nous sommes obligés d'enseigner malgré cette situation," confie un enseignant sous couvert d'anonymat, son témoignage montrant le désespoir généralisé. "Les non-matriculés souffrent plus que nous," ajoute-t-il, soulignant l'aggravation de cette situation pour ceux qui n'ont même plus le matricul officiel d'enseignant.
Les déplacements de populations ont entraîné la dispersion des élèves et des enseignants. Les écoles, lorsqu'elles ne sont pas réquisitionnées ou détruites par les belligérants, fonctionnent au ralenti, avec des effectifs fluctuants et un climat de peur. La présence de groupes armés et l'insécurité ambiante rendent les trajets vers les lieux d'enseignement périlleux, exposant les enseignants et les élèves à des risques considérables. Le rôle de l'enseignant s'érode face à la brutalité du conflit, les laissant souvent impuissants face aux traumatismes vécus par leurs élèves et leurs propres familles.
La survie est devenue une lutte quotidienne. Le non-paiement des salaires, déjà un problème dans l'est de la RDC, s'est accentué avec le conflit. Les banques sont fermées dans les zones sous contrôle de l'AFC/M23, rendant l'accès aux maigres revenus encore plus difficile. Les enseignants, dont beaucoup sont les seuls soutiens de leur famille, se retrouvent dans une misère , incapables de subvenir à leurs besoins élémentaires, tels que la nourriture, le logement et les soins de santé. La dépendance à l'aide humanitaire, lorsque celle-ci parvient, ne suffit pas à pallier l'absence de revenus réguliers, plongeant ces professionnels dans un cycle de pauvreté et de désespoir.
Les traumatismes liés aux combats, aux déplacements forcés et à l'incertitude quant à l'avenir laissent des cicatrices profondes. Assurer un semblant de normalité en classe pour des élèves eux-mêmes traumatisés exige une résilience psychologique considérable, souvent sans aucun soutien adéquat. Le manque de perspectives et le sentiment d'abandon par les autorités exacerbe leur détresse psychologique, menaçant leur capacité à exercer leur métier .
La situation des enseignants à l'est de la RDC, dans les zones affectées par le conflit AFC/M23, est tragique et met en péril leur bien-être, mais aussi l'avenir de toute une génération.
Par Lucien migabo
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