La direction de la REGIDESO de Bukavu a lancé un appel aux autorités du Mouvement AFC/M23, en particulier à son coordonnateur financier à Goma, pour revoir la décision de prélever 50% des recettes quotidiennes de l'entreprise. Dans une correspondance détaillée, la REGIDESO Bukavu montre les graves difficultés financières auxquelles elle est confrontée et les conséquences d'une telle ponction sur ses opérations et la fourniture d'eau potable à la population.
La lettre, transmise pour information à diverses personnalités dont le Coordonnateur du Mouvement AFC/M23 à Goma et le Gouverneur de la Province du Sud-Kivu, souligne l'engagement des agents de la REGIDESO qui ont continué à travailler "même pendant que les balles crépitaient à Bukavu" pour assurer la desserte en eau potable. Cet engagement avait d'ailleurs été salué par le Mouvement AFC/M23 lors de son arrivée à Bukavu le 14 février 2025.
Une Situation Financière Précaire
La REGIDESO Bukavu révèle des chiffres alarmants. En temps normal, l'entreprise mobilisait mensuellement environ 1,2 milliard de francs congolais en chiffre d'affaires. Cependant, une part significative de ces recettes (40 à 45%) provenait de la BRALIMA BUKAVU, ainsi que des ONGs et des ménages. Avec la fermeture de la BRALIMA et le départ de nombreuses ONGs et ménages suite aux récents événements de guerre, les recettes ont chuté drastiquement.
Actuellement, l'entreprise peine à atteindre 700 millions de CDF par mois, un montant jugé largement insuffisant pour couvrir les charges d'exploitation et les salaires du personnel. Les charges mensuelles du personnel dépassent les 600 millions de CDF, tandis que les charges d'exploitation s'élèvent à environ 120 millions de CDF, sans compter l'acquisition des intrants chimiques essentiels au traitement de l'eau.
Conséquences Humaines et Opérationnelles
La situation a des répercussions directes sur le personnel. Les agents de la REGIDESO Bukavu accusent déjà deux mois de salaires impayés, et les journaliers ne sont plus rémunérés après leurs prestations, une situation jugée "intenable" qui pourrait "pousser à la grève avec toutes les conséquences qui en découleraient".
De plus, l'accès aux soins de santé pour les agents est compromis. L'entreprise a accumulé des dettes auprès des structures médicales locales s'élevant à environ 260 000 dollars américains . La direction estime que l'entreprise aurait davantage besoin de subventions des dirigeants pour garantir la pérennité de la fourniture d'eau.
La Proposition de la REGIDESO
La direction de la REGIDESO Bukavu avertit que maintenir un prélèvement de 50% sur des recettes déjà "modiques et insuffisantes" équivaut à "occasionner l'impossibilité de gestion de cette entreprise", à "accumuler beaucoup de mois des salaires impayés", à "mettre en péril la survie de toute l'entreprise", et finalement à "priver de l'eau potable à toute la population de la ville de Bukavu et lui ôter la vie".
Face à cette crise , la REGIDESO Bukavu propose de ramener le pourcentage de rétention au profit du Mouvement AFC/M23 à 15% des recettes. Le reste des fonds permettrait d'assurer la continuité de l'exploitation et de couvrir, ne serait-ce que partiellement, les charges du personnel.
Par Lucien migabo
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