À quelques kilomètres des villages meurtris par les conflits, les mines artisanales d’Ituri tournent à plein régime. Mais dans ces trous de fortune creusés à mains nues, ce ne sont pas que des adultes qui extraient les précieuses poussières d’or. Ce sont aussi des enfants, pris au piège d’un cycle infernal de pauvreté, de violence et d’abus.
L’or, au prix de l’innocence
Dans cette région du nord-est de la RDC, rongée par l’instabilité, l’économie de survie impose ses lois. Dès que les armes se taisent, les populations déplacées regagnent leurs villages et reprennent aussitôt l’exploitation artisanale. Et les plus jeunes sont immédiatement embarqués dans cette course effrénée à l’or.
"L’exploitation des enfants dans les mines est une réalité quotidienne", confie Sikilu Ramazani, de l’ONG Sauvons les Enfants Vulnérables. Pour ces enfants, pas de jeu, pas d’école, juste des sacs trop lourds, des journées trop longues et un avenir déjà compromis.
Groupes armés et violences sexuelles; les non-dits du sous-sol
Mais derrière cette exploitation économique se cache aussi un tableau plus sombre encore. Des groupes armés enrôlent des enfants pour creuser, transporter, et parfois même percevoir des taxes illégales pour leur compte.
Et pour les filles, le calvaire prend souvent une autre forme : l’exploitation sexuelle. Selon des témoignages du Parlement d’Enfants d’Ituri, des jeunes filles à peine adolescentes se retrouvent utilisées comme "monnaie d’échange", contraintes de se prostituer dans les mines pour survivre. Certaines n’ont que 12, 13 ou 14 ans.
Quand la mine remplace l’école
Dans ces zones minières, les salles de classe sont vides. La scolarisation n’est plus une priorité pour des familles qui comptent sur chaque bras disponible pour gagner quelques francs. "À partir du moment où un enfant commence à fréquenter la mine, il abandonne l’école ", explique Sikilu Ramazani. Résultat : un taux d’analphabétisme alarmant, malgré la gratuité de l’enseignement primaire.
Djugu, épicentre du fléau
Le territoire de Djugu est le plus touché. Les ONG peinent à obtenir des chiffres précis, la faute à une insécurité chronique qui entrave le travail sur le terrain. Mais les rares données disponibles donnent froid dans le dos : plus de 750 enfants y ont été recensés en 2024 comme victimes d’exploitation minière.
Un cadre légal ignoré, une impunité persistante
Pourtant, la loi est claire : le Code minier congolais interdit formellement toute forme de travail des enfants dans les mines. Mais entre l’absence de contrôles, la complicité de certains exploitants et la faiblesse des institutions, les violations se multiplient dans l’impunité la plus totale.
Le Parlement d’Enfants et plusieurs ONG appellent l’État à passer à l’action : sanctionner les exploitants, mettre en place une cellule de traque des mineurs dans les carrières, appliquer la loi sans failles. Car il ne suffit plus de dénoncer. Il faut agir.
Par la rédaction
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